développement personnelPartage d'expériencestemoignage

Démissionner s’est imposé comme une évidence ! [TEMOIGNAGE]

Suite à notre article sur les raisons qui poussent les travailleurs à démissionner, nous avons reçu quelques témoignages. Parmi ceux-ci, celui de Karin qui se définit aujourd’hui comme une personne heureuse, libre, forte, pleine de projets et de défis enthousiasmants. Merci à Karin pour ce partage d’expérience.

Que ressentiez-vous dans votre travail avant de démissionner ? 

Pour planter le contexte, j’ai travaillé 14 ans dans l’entreprise que j’ai quittée. Travailler là-bas était un vrai choix, cela correspondait à mes valeurs personnelles. Là-bas, j’ai eu la chance de collaborer à un monde plus juste, entourée de collaborateurs formidables. Nous étions une team efficace et drôle.

Et puis, l’environnement a changé, les projets ont pris de nouvelles directions, le management a changé ses méthodes. Peu à peu, la liberté de faire, de proposer, de travailler de façon transversale a disparu au profit d’un management plus directif. J’avais embrassé cette carrière au sein de l’entreprise par conviction et j’avais, durant des années, vécu dans un contexte qui correspondait à mon besoin d’autonomie. Désormais, il ne me convenait plus.

Avez-vous mis du temps à prendre la décision de démissionner ?

Absolument pas. D’une seconde à l’autre. Mon cas est sans doute original à cet égard.

J’ai un besoin immense de justice et de liberté. Je ressentais tout le contraire. Un événement est venu percuter mes valeurs fondamentales, le « qui je suis » profond. Alors, j’ai démissionné, instantanément.

Quel a été le déclencheur, le moteur de votre décision ?

Le déclencheur, c’était un évènement que j’ai trouvé intolérable dans ma relation de confiance avec mon employeur. L’émotion que j’ai ressentie, c’était la colère. Je n’avais plus ma place dans cette institution qui pratiquait un style de management devenu inadmissible à mes yeux. J’avais toujours dit que le jour où je ne serai vraiment plus d’accord, je partirai. Je n’imaginais alors pas à quel point j’avais raison, ni qu’au le moment venu, j’en aurais le courage.

En quelques minutes, j’ai tapé mon mail de démission. J’ai réuni mon équipe, je leur ai fait part de ma décision en leur expliquant les raisons de mon départ. C’était dur pour nous tous. Ils comprenaient cependant, nous étions nombreux à subir les mêmes tiraillements et incompréhensions par rapport à ce que le management de l’humain était devenu au sein de l’entreprise. Une heure après être sortie du bureau du directeur, je suis partie pour ne plus jamais revenir. J’étais libre.

Comment vous êtes-vous sentie une fois la décision prise ?

J’étais fière de moi.

 J’ai reçu énormément de témoignages de sympathie, de regrets de mon départ même de personnes que je connaissais peu. Celui qui m’a fait le plus plaisir, le plus original venait d’une de mes collaboratrices qui m’a dit que j’étais leur « Jean Moulin », faisant référence au célèbre résistant français.

La direction quant à elle n’a jamais communiqué sur mon départ. Pour moi, c’est tout à fait représentatif du management tel qu’il est devenu : on ne communique pas sur ce qui peut mettre en avant les failles d’un système (que je percevais devenir de plus en plus axé sur le contrôle). La direction m’avait invitée à une réunion le lendemain pour fixer les modalités de départ, je n’y suis pas allée. J’étais « malade ». Je voulais partir comme j’étais venue d’un jour à l’autre : puisque le système prime sur l’humain, que le système se débrouille. Je n’étais plus là tout simplement. Un peu comme un engagement au fond, mais à l’envers.

Est-ce que cela a été simple de vous décider?

C’était une évidence, une force, un besoin.

Qu'aviez-vous à gagner en restant ? Qu'aviez-vous à gagner en quittant ?

En restant, je gardais mon confort, la sécurité financière. J’avais un bon job, reconnu. De bons collègues, pas de pression sur les résultats et certains avantages.

En quittant, ce que j’avais à gagner c’était d’être en accord avec moi-même, mes valeurs. Partir me permettait de regarder l’avenir en sachant que j’avais eu ce courage d’aller au bout de mes convictions. D’un autre point de vue, partir sans filet, d’une heure à l’autre aurait pu représenter un suicide social et financier. Un risque énorme. J’ai senti que je devais le prendre.

En quoi le fait de démissionner a-t-il changé le cours de votre vie ?

J’ai dû remettre des mots sur des compétences, me demander ce que je voulais pour moi à l’avenir. Il est devenu évident qu’une relation de travail est une relation d’égal à égal ou il existe certes un lien de subordination mais c’est un jeu consenti. L’employé peut sortir de la relation, il travaille à tel endroit car il est d’accord d’échanger son temps contre de l’argent pour tel travail. Rien de plus.

Quelle est votre source de satisfaction, de fierté en lien avec cette décision ?

J’apprends, j’évolue. J’ai su rester moi-même et cette décision fut rapidement un excellent tremplin.

D’abord, j’ai du (re)découvrir mes compétences et savoir ce que je voulais. Et puis, aussi, ce que je ne voulais plus ! J’ai alors réfléchi aux différentes tâches effectuées au cours de ma carrière professionnelle et de mes engagements bénévoles et j’y ai mis à la fois un nom et des compétences. J’ai également « trié » tout cela et hiérarchisé dans un SWOT en tenant compte de ce que j’appréciais ou non faire. Par ailleurs, j’ai beaucoup lu sur le management, la théorie des organisations, l’agilité, le people management, les modes d’organisation du travail, .... Cela afin de confirmer, compléter ou infirmer mon analyse de la structure que je venais de quitter. Je ne voulais pas perdre cette occasion d’apprendre. Je me suis également ouverte à des lectures relatives au bien-être.

Cela m’a permis d’objectiver à la fois mon vécu, mes compétences, mes envies et d’acquérir de nouvelles connaissances.

Mon constat s’orientait vers la reprise d’une activité indépendante (j’ai été indépendante complémentaire durant deux ans par le passé). Je souhaitais aiguiser via des formations mes acquis existants et en développer de nouveaux.

Et puis, vous avez postulé pour UN job et vous l’avez obtenu.

Oui, en effet, j’ai postulé pour un seul job, car je savais que c’était le bon.

Dans ma recherche de formations, j’avais repéré quelques programmes intéressants proposés par mon employeur actuel. Me souvenant que l’une de mes anciennes amies de secondaire que je n’avais plus vu depuis des années y travaillait, je l’ai contactée pour en savoir plus sur certains programmes.

Nous nous sommes vues, elle m’a dit que justement ils cherchaient un coordinateur, m’a expliqué le poste et la structure de l’organisation. Ce qu’elle m’en a dit m’a convaincu à la fois sur le poste (je fais de la gestion de projets depuis 20 ans donc c’était vraiment dans mes cordes) et sur la structure (équipe très agile au management bienveillant). J’avais par ailleurs déjà eu de très bons échos sur les possibilités de développement de projets au sein de cette structure et l’émulation créative qui y règne. J’ai donc tenté ma chance et passé les deux rounds d’entretien avec la direction. J’ai été choisie.

2 mois après ma démission j’avais donc retrouvé du travail en ne postulant que là-bas. J’ai découvert (alors que j’étais frileuse à avoir à nouveau un patron) que mes compétences pouvaient être exploitées intelligemment, que je pouvais avoir de l’autonomie. J’ai aussi développé rapidement énormément de nouvelles compétences dans mon nouveau travail qui se situe dans un domaine très éloigné de mon emploi précédent. Aucune perte de revenu. Quelques semaines après mon engagement, ma nouvelle directrice m’encourageait à m’inscrire au MBA (Master en Business Administration). J’avais donc les compétences nécessaires pour intégrer ce programme de haut niveau ? Bien sûr j’ai foncé, et j’ai été acceptée à l’issue de l’entretien.

Cela fait un an aujourd’hui.

Il y a un an, je n’aurais jamais imaginé faire tout ce que je fais à présent dans un milieu d’excellence universitaire et de business développement. Ma démission est sans doute ce dont je suis le plus fière dans ma carrière professionnelle : ma chance, mon meilleur choix.

Karin, aventurière créative et passionnée

Qu'est-ce qui était difficile dans la prise de décision ?

Quitter mon équipe et tous les collègues que j’appréciais beaucoup et avec qui je garde toujours des contacts aujourd’hui.

Comment vous sentez-vous aujourd'hui ?

Heureuse, libre, forte, pleine de projets et de défis enthousiasmants.

 

 Dans l’expérience de Karin, ce qui a guidé ses choix est en lien avec son identité profonde et ses valeurs. C’est pour cela qu’à chaque étape, démission et engagement, elle a su qu’elle faisait les bons choix  !

 

 

Photo: Kelly Sikkema