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Accompagner l’humain grâce au cheval

Accompagner l'humain grâce au cheval

Le cheval suscite toute une palette d’états émotionnels : de la fascination à la peur en passant par le doute ou encore l’amour inconditionnel.

C’est justement sur la base de la perception par le cheval de ces états émotionnels que fonctionne l’accompagnement humain en sa présence : l’hippothérapie et l’équi-coaching (ou coaching assisté par le cheval). Dans ce cas, il n’est bien sûr pas question de ce que ressent le client face au cheval (sauf s’il s’agit de l’aider à dépasser sa peur) mais plutôt de ce que le client ressent par rapport à lui-même et à ses questionnements. Le cheval est alors miroir des émotions de l’homme, le comportement de l’animal étant le reflet de l’identité la plus profonde de la personne ou de l’équipe qu’il accompagne.

Le coaching assisté par le cheval, appelé également équi-coaching, n’est ni de l’équitation, ni du travail de dressage. L’accompagnement se fait à pied, aux côtés de l’animal, avec pour seule « contrainte » d’être soi-même.

Vous connaissez probablement déjà le concept d’hippothérapie, processus thérapeutique facilité par l’intelligence émotionnelle du cheval fréquemment proposé aux personnes porteuses de handicap.

Ces mêmes compétences émotionnelles du cheval sont précieuses aussi pour les personnes en questionnement personnel, les managers en recherche d’un leadership plus serein, les travailleurs concernés par le burnout, les équipes, les entrepreneurs… Dans ce cas, il ne s’agira pas de thérapie mais d’un processus de coaching assisté par le cheval, également appelé équi-coaching. Les chevaux avec lesquels on travaille en hippothérapie ne sont pas les mêmes que ceux utilisés pour le coaching. En hippothérapie, ils sont éduqués pour être calmes et doux, tandis qu’en coaching, ils ne pas dressés.

Rencontre au Haras du Pin

Hara du Pin 2018
Hara du Pin 2018

Au détour d’une visite au Haras du Pin, nous avons rencontré une professionnelle de l’accompagnement humain à travers le cheval qui a pratiqué à la fois le coaching et la thérapie, auprès de publics très contrastés : personnes porteuses de handicap, managers en entreprise, détenus de longue durée, enfants,…

Le Haras du Pin est le Versailles du cheval. Un lieu conçu à l’époque de Louis XIV afin de permettre à Colbert d’accomplir ses ambitions de cavalerie, aujourd’hui Haras National, théâtre de près de 200 jours de compétition et de manifestations équestres chaque année.

Au cœur de ce royaume du cheval, entre les activités de formation, de recherche, les compétitions et les visites des écuries, on retrouve de l’équi-coaching, du coaching assisté par le cheval à destination des entreprises, sous l’impulsion de l’équi-coach reconnu Arnaud Camus.

Mais c’est dans le petit manège dédié aux enfants que nous rencontrons Caroline Michel, cavalière, éleveuse, formatrice, hippothérapeute et équi-coach. Après avoir pratiqué la thérapie et le coaching assistés par le cheval auprès de différents publics, elle consacre aujourd’hui son temps à transmettre sa passion auprès des plus petits dans le cadre magique d’un des plus grands Haras de France. Voici l’interview d’une vraie passionnée qui a suivi son instinct au gré de ses expériences.

Vous aviez envie d’être prof de français, qu’est-ce qui vous a mené aux chevaux ?

Je me destinais à être prof de français et latin. Passionnée d’équitation et cavalière depuis toute petite, après le bac, quand j’ai eu 18 ans, je me suis posé la question : les longues études de lettres ou poney ? J’avais fondamentalement envie que les élèves m’aiment bien ! Du coup, en écoutant l’expérience de ma cousine prof dans un lycée, qui, sur 25 gosses, en avaient 24 qui ne l’aimaient pas juste parce que c’est la prof, j’ai décidé de passer mon monitorat d’équitation !

Parce que le moniteur d’équitation, tout le monde l’aime bien ! Sans qu’il fasse forcément des choses extraordinaires, on va au poney pour son plaisir !

Vous avez ensuite travaillé 10 ans dans un poney-club de compétition.

C’est une expérience où je me suis vraiment éclatée. J’étais jeune et célibataire à l’époque, je vivais pour les concours et pour les championnats de France avec les gosses. Après quelques années, j’ai ressenti le besoin de faire un break, je suis alors partie à Blois dans les Haras nationaux et j’ai commencé à me diversifier : élevage, reproduction… Puis j’ai rencontré mon mari. Mais à vrai dire, l’enseignement et les enfants me manquaient.

Vous êtes ensuite retournée vers vos premières amours : l’enseignement.

Après avoir travaillé une saison en reproduction à Blois, j’ai retrouvé une place dans un centre-équestre que j’ai finalement pris en gérance.

Comment avez-vous commencé à travailler avec des personnes porteuses de handicap ?

Dès mon premier poste, j’ai toujours voulu intégrer le handicap et la différence. Toutes les différences : des grands, des petits, des personnes de religion différentes,… J’avais envie de m’adresser à tous ceux qui a priori ne sont pas destinés à faire une carrière équestre. Ils n’ont peut-être pas fait une carrière de haut niveau mais ils ont pu se faire plaisir à cheval, sans être jugé par le cheval.

Le cheval ne porte aucun jugement.

Qu’on soit gros, grand, riche, intelligent, noir, jaune ou qu’on ait des cornes sur la tête, le cheval ne juge jamais. Il s’en fiche à vrai dire.

Depuis toujours, j’ai pratiqué l’hippothérapie avec des personnes en situation de handicap. C’était porteur, on avait des vrais résultats. Une personne porteuse d’un handicap mental, c’est un peu comme un cheval : spontanée, sans jugement, elle ne ment pas et ne porte aucun masque. Elle s’exprime de manière directe, brute de décoffrage. Exactement comme un cheval le ferait. Donc la communication est facile entre eux. On voit même certaines personnes développer de belles complicités avec les chevaux. J’ai surpris plus d’une fois des personnes très refermées sur elles-mêmes, qui ne parlaient pas (même si elles savaient parler) tailler une bavette avec leur cheval.

Vous avez également travaillé en milieu carcéral.

J’ai toujours pris beaucoup de temps pour dresser ma cavalerie pour éviter les chutes, les imprévus. J’ai pas mal travaillé avec des adultes qui avaient eu peur, qui étaient tombés, qui s’étaient fait mal grâce à mes chevaux super-sûrs. Du coup, quand le Comité Départemental d’Equitation d’Ile de France a minté son projet d’équitation carcérale, ils sont venus vers moi. Pas spécialement pour moi mais pour ma cavalerie. Du coup, j’ai contribué au projet.

Ce qui m’a le plus plu, c’est la positivité des retours ! C’était une des plus belles expériences de ma carrière. Quand on amène un cheval à des personnes incarcérées pour 20 ans ou 30 ans dont l’emploi du temps consiste surtout regarder la télé, faire du sport, aller à la cantine, on est accueilli presque comme le Messie ! Contrairement au cheval qui ne juge pas, moi, j’étais pleine de préjugés car on ne va pas en prison pour 30 ans après avoir volé un œuf ! Pourtant, là, j’ai croisé des gens polis, qui s’intéressent, qui posent des questions et qui sont tristes quand on repart. Ca faisait chaud au cœur. Je suis arrivée avec mes préjugés alors qu’eux m’ont super bien accueillie. Ils ont pardonné mon « erreur » de jugement et ils sont allés au-delà, ils m’ont apporté beaucoup de choses. Ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance d’avoir cette seconde chance.

Contrairement aux chevaux, nous jugeons!

Cela fait 20 ans que je me dis qu’il faut arrêter de juger les gens pour leur tête ou pour ce qu’ils sont et pourtant, je n’y arrive pas toujours. Tandis que le cheval ne juge jamais.

Comme nous, vous pratiquez le coaching assisté par le cheval, également appelé équi-coaching, au sein d’entreprises.

Ce qui est marrant, c’est de travailler des cadres d’entreprises habitués à gérer des gens, du public, des ressources humaines car face à un cheval, ils ne gèrent plus rien ! J’ai vu des patrons de 2-3000 employés incapables de gérer un cheval au pas. Alors que ce sont des personnes qui gèrent des situations de stress et de crise, qui brassent de l’argent, des ressources humaines,...

Pour les pros du cheval, c’est tellement naturel de gérer un cheval que quand on observe bien la situation, ça remet en perspective les talents de chacun. Je serais bien incapable de gérer des finances, des situations de stress ou des gens.

Tant mieux d’ailleurs que les êtres humains ne soient pas tous identiques car si tout le monde savait faire la même chose, on s’ennuierait ! Je dis toujours que si tous les gamins voulaient faire du poney, il n’y aurait pas assez de poneys sur terre !

L’équi-coaching met bien en évidence que chaque personne est différente et qu’on a besoin de chacun pour faire tourner le monde.